Dr Moussa Sié au sujet des variations climatiques et les variétés de riz

Mon Environnement
Par Mon Environnement janvier 11, 2017 19:20

Dr Moussa Sié au sujet des variations climatiques et les variétés de riz

Dr Moussa Sié au sujet des variations climatiques et les variétés de riz

« Il y a des variétés qui résistent aux sécheresses et aux inondations »

Les variations du climat provoquent des décalages des saisons, prolongeant parfois la sécheresse et occasionnant de fortes pluies qui impactent les productions agricoles. Les chercheurs sont à l’œuvre pour contourner ce qu’imposent les perturbations climatiques. Pour comprendre ce qui se fait au profit de la production rizicole, nous avons rencontré le Dr Moussa Sié, il est Directeur de la recherche CAMES, sélectionneur principal d’AfricaRice, Coordonnateur du réseau africain des sélectionneurs du riz qui couvre 30 pays. Il est le représentant d’AfricaRice à Madagascar. Il a exposé dans cet entretien les fruits de la recherche pour éviter que les changements climatiques dérangent la production du riz. Il a aussi levé un coin de voile sur la nécessité d’avoir des semences de bonne qualité.

 Les changements climatiques dérangent les productions agricoles, le riz bien qu’il soit cultivé dans le bas-fond n’est pas épargné. Pouvez-vous nous dire comment les perturbations climatiques influencent la production du riz ?

Pour comprendre ça, il faut voir les critères de sélection de riz et de création de variétés. Nous avons 3 objectifs essentiels. Le premier objectif c’est la productivité. Tout le monde veut produire et avoir un rendement plus que celui du riz qui existait. Le 2ème objectif c’est la stabilité de cette productivité qui passe par la stabilité dans le temps et l’espace. Dans le temps, c’est que si je cultive une variété cette année et je la cultive l’année prochaine, je dois avoir le même comportement. Dans l’espace, si je cultive une variété sur le plateau et après ailleurs, c’est-à-dire dans une zone maritime et que je la cultive après dans le nord, je dois avoir le même rendement. Et le 3ème objectif c’est la qualité. Le problème c’est qu’est ce qui fait qu’on a les changements. Quand je parle de stabilité dans le temps et dans l’espace, c’est les maladies, les stress biotiques et abiotique. Ce qui fait que ça change dans le temps et dans l’espace, c’est la combinaison de ces éléments. Parlant des effets des changements climatiques dans l’environnement de la production rizicole, il y a d’abord la sécheresse, quand les pluies sont irrégulières. A l’opposé de ça, il y a les inondations. Avec les changements climatiques, les champs de riz sont inondés. Au lieu d’être inondé pendant 3 ou 4 jours, c’est inonder pendant une semaine, deux semaines, trois semaines, voire un mois. Ce qui va entrainer d’autres effets. Ces sécheresses et inondations vont accroître le développement de certains ravageurs. Si je me résume par rapport aux 3 objectifs, c’est le 2ème objectif qui est concerné par les changements climatiques. Et par rapport à tout ça, la stabilité correspond à l’adaptation aux changements climatiques.

Et comment s’adapter dans ce cas ?

Pour la sécheresse, nous avons des outils, si on fait du riz pluvial, il faut mettre l’accent sur la précocité. Une variété qui est capable d’avoir un cycle court que la sécheresse n’aura pas le temps d’impacter sur la performance de la variété. Il y a des variétés de 90 jours. Et cette variété quand elle va germer, elle a deux semaines pour ne pas avoir besoin de pluie. Nous avons essayé d’introduire d’autres critères de tolérance à la sécheresse. Il y a des variétés qui résistent à la sécheresse en changeant leur cycle ou en bloquant leur croissance et se développer quand la sécheresse passe. Ce sont les outils génétiques que nous avons pour mettre ces capacités de résistance dans les variétés. Nous avons aussi des variétés qui résistent aux inondations. Il y a des variétés qui peuvent rester un mois sous l’eau sans être dérangées. On a découvert des gênes qui sont dans ces variétés que nous avons transférées dans les variétés populaires pour les doter de capacités d’adaptation aux inondations. Il y a  beaucoup de Nérica de bas-fond dans lesquels nous introduisons ces gênes.

Nous avons par exemple le Nérica 4 qui résiste à la sécheresse. Concernant les inondations, on a des variétés que nous appelons les variétés sub1. On met le nom de la variété + sub1. Cela veut dire que cette variété est dotée de caractères résistants aux inondations.

Est-ce que toutes ces innovations sont déjà dans les mains des producteurs ?

Nous avons le Nérica 4, et tous les Nérica pluvieux. Il y a même un Nérica qui est très précoce qui fait moins de 90 jours. Nous avons 18 Nérica qui répondent aux exigences des changements climatiques.

Les producteurs du riz veulent que le parfum de la souche mère soit conservé sur plusieurs générations, comment c’est possible ? 

Les variétés c’est un problème de semence. Si vous allez dans nos parcelles démonstratifs, vous allez voir que les variétés aromatiques, avant d’arriver vous sentez le parfum. Je suis d’accord que c’est une molécule volatile. La variété même a une capacité d’avoir son parfum. C’est la gestion de la culture qui permet d’abord de maintenir le parfum. Une variété qu’on cultive en saison sèche et une variété qu’on cultive en hivernage, le parfum ne va pas se manifester de la même manière. Il y a ensuite l’engrais. De la manière dont vous apporter l’engrais, permet de mieux valoriser le parfum. C’est comme les légumes. Le troisième élément qui est très important, c’est la pureté de la semence. Normalement, on ne doit pas utiliser une variété dont la semence n’est pas pure. A force de multiplier plusieurs fois la même variété, on retrouve un produit qui est différent de celui de départ et c’est ce que les paysans font. Or, quand on parle de souche de  semence chez le sélectionneur, on ne doit pas avoir plus de six cycles de multiplication. Au bout de six cycles de multiplication, il faut abandonner la variété et repartir à la source.

Vous voyez les pastèques que vous mangez. Prenez les graines et semer. Ce ne serait pas la même chose que ce que vous aviez mangez. C’est la même chose pour le piment. Mais pour le riz, on ne voit pas. Pour le parfum, ça se sent et on se plaint. C’est simplement parce que les gens n’utilisent pas les bonnes semences.

Des paysans parlent aussi de mélange variétal dans les champs après les semis. Ils reprochent au centre de tri de ne pas bien faire le travail. Qu’est ce que vous en dites ?   

C’est toujours des problèmes de semences. Quand les semences sont certifiées, il n’y a pas de problème dans la mesure où dans les critères de certification des semences, il y a ce que nous appelons la pureté variétale et la pureté spécifique. Il y a un certain nombre qui ne doit pas être autorisé. Si vous prenez les semences de prébase, il y a au plus 1 pour 1000 de grain étranger. Si c’est respecter, vous ne pouvez pas avoir de problème de mélanges à la fin.

Ce qui se passe, les gens ont tendance à dire que tout le monde peut produire de semences. C’est très grave. Parce que la semence, c’est un produit de la sélection. C’est celui qui crée la variété qui doit être responsable du maintien de la pureté. Si déjà à son niveau, il fait ce qu’on appelle les générations G1, G2, G3, ça c’est la semence de prébase. G4, c’est la semence de base. R1, R2, c’est la semence certifiée. Si vous prenez G1, G2, G3, G4, R1, R2, à partir de là, vous n’avez plus de semence. Et c’est cette R2 qu’on donne aux paysans pour multiplier. Normalement à partir de là, on ne doit plus être autorisé à produire parce qu’on perd les qualités de la variété.

Au regard de tout ce que vous venez de dire, qu’est ce que vous conseillez aux producteurs ?  

Premièrement, il faut qu’ils utilisent les semences améliorées. Tout ce qui concerne la perte de parfum, les mélanges de variétés, c’est que les semences ne sont pas de bonne qualité. Deuxièmement qu’ils s’orientent sur les itinéraires techniques mis au point par les centres de recherche en collaboration avec AfricaRice pour que quelle que soit l’écologie, c’est-à-dire, si on veut faire du riz pluvial, qu’on utilise les variétés de riz pluvial. Si on veut faire du riz de bas-fond, qu’on utilise des variétés de riz de bas-fond. Si c’est le riz irrigué, qu’on utilise les variétés de riz irrigué etc.

Entretien réalisé par Patrice SOGLO

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